L'Histoire du Château

 Le domaine de Carneville se distingue par la variété de ses bâtiments et leurs témoignages de différents siècles.

Dès 1640, François Simon de Carneville (1592-1660) fait édifier le premier manoir avec une tour pigeonnier à l'arrière, et un très rare exemplaire d’escalier couvert ayant conservé sa charpente d'origine.
Son fils Hervé François (1652-1708) fait ériger à côté le manoir des Anoteux, un très bel exemple de résidence seigneuriale d'époque Louis XIV (1699).

Par la suite, Charles François (1697-1736), troisième génération de constructeur, fait construire en 1725 la charmante boulangerie en toit de chaume. Assurément, il s'agit de l'un des éléments le plus attachants du domaine. Ce bâtiment est considéré comme l'un des plus beaux exemples d'architecture rurale du Cotentin, avec son four d'origine de plus de deux mètres vingt de profondeur.

C'est en 1755 que François Hervé Simon de Carneville (1729-1804) fait construire le château en lui-même. Précédé d'une vaste cour d'honneur de 26 mètres de long, ce château témoigne avec discrétion et élégance du rang social du constructeur.

La cour des communs fut agrémentée au XIXe siècle de différents bâtiments, notamment avec l'écurie de 1895, aujourd'hui la "salle du canal".

Les curieux pourront facilement porter leur attention sur l'une des pierres maçonnées de la façade de cet édifice, portant le millésime 1078. Il s'agit d'une pierre de réemploi, venant certainement de l'église primitive du village (XIe siècle) entièrement reconstruite à la fin du XIXe siècle.

    L'histoire ne s'arrête pas là, la vie du château fonctionne de pair avec celle de son parc, également riche en rebondissements...

Un travail colossal fut mené par les ingénieurs de Louis XV, dans les années 1770'.

En effet, le roi lui-même avait ordonné l’assèchement des marais du domaine. C'est grâce à cela qu'aujourd'hui une charmante balade en sous-bois, avec étangs, rivières et cascade s'offre aux visiteurs.

A la fin du XIXe siècle, des rhododendrons et magnolia furent plantés, et forment aujourd'hui de véritables arbres emplis de fleurs au printemps.

En 1987, les éléments se déchaînent et le vent rase une partie du parc à l'anglaise, déracinant des arbres centenaires. La famille de Tocqueville, alors propriétaire, décida
d'en tirer parti, et de planter un magnifique ensemble à la française d'un hectare. Avec les parterres symétriques, la roseraie, et l'allée d'hydrangeas rares. Cette dentelle de charmes, ifs et buis forme un écrin de verdure pour ce joyau du XVIIIe siècle.

 

  Les personnalités importantes du château.
La famille Simon de Carneville a, sur plusieurs générations, brillé au service du roi de France, mais aussi de l’empereur d'Autriche et du prince Lichnowski.

En effet, François Hervé Simon comte de Carneville, constructeur du château eu cinq enfants. Ses deux fils Georges François (1750-1837) et François Charles Adrien (1754-1816) émigrèrent pour servir dans l'armée des princes, puis au service de l'Autriche.
François Charles leva en 1792 une éphémère "légion de Normandie" ou "premier corps de Carneville" dont il fut le colonel propriétaire. Il devint feld-maréchal puis chambellan de l'empereur d'Autriche. Il se maria en secondes noces à la fille du prince Lichnovski.

Georges François, quand à lui, servit à la tête des "hussards de Carneville".
Sous la restauration, les deux frères furent maréchaux de camp, puis lieutenants généraux honoraires en tissant des liens proches avec la famille royale, notamment avec les comtes de Provence et d'Artois.
Georges François Dominique (1799-1868), fils de Georges François devint gentilhomme honoraire du roi Charles X.


  Les Carneville cédèrent le château en 1927 au comte René de Tocqueville, qui se distingua à la tête du monde agricole. Président de la Chambre d'Agriculture de la Manche et de la Fédération des Coopératives Laitières de la Manche, il devint également vice-président de la Confédération Européenne de l'Agriculture.
Le calme et la sérénité du domaine ne furent pas sans attirer de grandes figures du XXe siècle. Ainsi, le maréchal Leclerc de Hautecloque, beau-frère du propriétaire, y passa un séjour pour se reposer après les tumultes de la seconde guerre mondiale.